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Les ateliers
du
Séminaire
 Crédits photos
Jeanninne Anziani , Odette et Michel Neumayer |
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Trois fois par an se tient un
séminaire ouvert aux lecteurs et amis.
C'est là que s'élaborent les choix éditoriaux contribuant à enrichir
la réflexion de chacun au sujet de la création contemporaine.
Ci-dessous, quelques traces de ces moments de réflexion et de partage...
2 mai 2010
Lecture
du numéro 76 "Tapis de la mémoire"
2 février 2010
Moments
conviviaux
16 mai 2009
Invitation faite à Pascal Bonneau |


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Bambou palladium
Ce tremblement
par où se déclenche l’écriture
Ce passage
du silence au geste encore inarticulé
Surgissement du brin d’herbe
Incapable encore de vibrer au vent
Hésitation à être
Magnétisme végétal qui aspire la terre vers le ciel
Bambou de haute lice
Traversé par le vide
Prairie libre chevauchant l’espace
Germination des mots rythmés d’ombre et de lumière
Vibration grise d’une feuille……… mémoire retrouvée
Et puis le nœud
Répété à la verticale du lieu racine
Passage à un autre niveau de conscience
Le regard s’aiguise …….. nuancé de gris et de noir
Regard de platine
Attendre
Patience infinie de l’attente
Peau en éveil
Devenue pellicule sensible
Où s’inscrit le bruissement des feuilles
Traits d’encre en surimpression
Éternité végétale gravée sur palladium
Pollinisation de l’écriture
Celle qui n’était pas
là
Geneviève Bertrand
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Leçon de lumière
à Pascal Bonneau
En tant qu’il est un écrivain de la lumière, le photographe qui reçoit
mes louanges exerce son regard suréveillé dans sa joie à reconnaître la
Beauté à son point de source. Il s’approche du cœur retiré de ce monde
avec une attention princière pour rassembler une vie sans cesse en voie
de morcellement. Pour empêcher la fleur d’invisible de faner.
En tant qu’il est le sourcier de nos étonnements, il nous invite à nous
extraire de la caverne, hors de nos yeux figés par l’ordinaire distrait,
afin de recueillir les gloires fugaces que nous masquent les ombres
portées du réel. Il promène sa lanterne sur l’univers à la poursuite du
trésor perdu et éclaire d’une main de fée ce qui se révèle sur la plaque
sensible de l’être.
En tant qu’il habite l’instantané, il nous apprend ce toucher d’âme
immédiat dont les peintres ont la primeur. Il invente sur-le-champ la
juste distance qui fait s’élargir le ciel et sa voûte suprême de
silence.
Ce photographe épris d’absolu est un chercheur d’or, agitant le tamis de
ses vigilances accrues pour dévoiler les carats égarés dans le gravier
des ronces. Pour sauver le frêle et précieux sans cesse voué à la
disparition. Il accueille ses images plutôt qu’il ne les prend, comme au
matin de lire, dans la cérémonie du sacre. Il développe des égards de
satin bleu vers l’amitié qui lui vient du présent sans prestige, de la
grâce fiévreuse d’un feuillage ou des remises à outils des maisons
ouvrières aux anémones triomphant de l’éphémère par la probité de leurs
prunelles tremblantes. Jusqu’à convertir sa chambre en chevalet pour
épouser et servir la bonté commune.
Doté d’une vue imprenable sur une terre abondante, l’artiste a affaire à
l’inaperçu de la pureté tel le poète célébré par René Char comme le «
conservateur des infinis visages du vivant ».
René Cohen
(Juin 2009 )
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Un mot apparaît que je connais.
Il a changé de costume, le décor a mué. Un champ se découvre, laissant
apparaître un nouvel intérêt pour ce mot, peut-être laissant deviner
pourquoi je m'y intéresse et me livrant quelques clés : je sais que je
l'aime, ce mot, mais j'ignorais qu'il fait partie de mon histoire. Il
jouait à cache-cache avec moi.
Prenons le mot « étranger » et toutes les représentations qu'on peut
s'en faire. Avec les bleus des toiles de Marc Lasserre, une autre scène
est apparue, l'étranger a montré un peu plus de son mystère, j'ai pu
reconnaître l'étrangeté du monde ainsi que ma propre part d'étrangeté.
Celle que je projette du moins. Le mot s'est fracturé, les sens se sont
abîmés, des dates sont apparues, des infinis ne se sont pas rejoints.
Puis il y a eu la mise en texte, un cadre où peut se dire la fracture.
Le défi consiste à traduire cette expérience, entre absence et
subjectivité. J'y suis puisque je dis « je », toujours d'ailleurs, mais
de traduire ce vécu presque passivement.
md'a, le 17 mai 2009.
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Premier
texte
Parole de celui qui fait
Tout est question du regard de l'artiste. Il n'agrandit pas la réalité,
il la découpe entre les barreaux. Cerner donne de la profondeur, capte
le regard pour le transformer à travers les fragments. Le découpage de
l'image ou sa répétition permet de réinventer le mouvement.
La série permet aussi le mouvement. La tête entre les barreaux, il fait
surgir autre chose : avec des fragments de réel, il nous montre des
abstractions pour ré-enchanter le monde.
Deuxième texte
Comment avons-nous fait pour écrire hier?
Dans un premier temps, j'ai écrit grâce au dispositif qui faisait appel
au support comme prétexte : la qualité des photos de Pascal Bonneau.
Grâce au nombre, aussi. Important le nombre. Au début c'est assez facile
de jeter un fragment. Mais, si je ne veux pas me répéter, cela nécessite
d'aller puiser plus profond dans mon imaginaire, dans mes émotions, à
condition que les photos le permettent. Laisser monter ce qui advient,
le saisir, le jeter sur le papier, sans retenue.
Le deuxième temps, j'ai choisi une photo et je me suis appuyée sur tous
les fragments proposés par le groupe. J'ai pris les mots des autres, je
les ai mêlés aux miens. Des images nouvelles ont surgi, me poussant dans
des voies que je n'avais pas prévues, parce que les photos disaient ce
que je ne savais pas encore.
Quant au troisième texte, je me suis appuyée sur les dires de l'artiste.
J'ai recomposé des éléments qu'il a peut-être dits, ou qu'il aurait pu
dire. Cela devenait un peu de lui, un peu de moi. Comment ? Dans quelle
proportion? Je ne sais pas tout de cette alchimie. Je n'en connais que
le bonheur d'avoir écrit ce qui me correspondait le mieux.
Christiane
Lapeyre |
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Texte
N°1, 16.05.09
"Tous les opposants ayant été réduits au silence, on s'était attelé à la
tâche, la grande tâche, celle de dupliquer enfin le réel car l'hypothèse
de sa disparition était désormais dans tous les esprits. Une armée de
photographes avait envahi le paysage, saisissant à tour de bras arbres,
blé en herbe et cannes à sucre. Chaque soir, ces hommes et ces femmes,
habitants de tous les pays, de tous les continents, déposaient dans de
grandes boîtes noires la récolte du jour, mille et un cartons
rectangulaires portant stries, séries de points, tiges et feuilles plus
vrais que vrais, pleins d'ombre et de lumière. Pleins de brume aussi, de
soleils pâles, de reflets.
Un grand pas était franchi. L'humanité ne disposait plus d'une, mais de
deux, trois, dix terres de rechange, sous verre, sous cellophane. Facile
à classer, à archiver, à étiqueter. Non, pas tout à fait, car c'est avec
l'étiquetage que les premiers problèmes de la nouvelle ère commencèrent.
Quelle pertinence accorder, en effet, à ces mots clefs tels que
"horizons froissés" ou "frisottis végétal" ? Pouvait-on, à propos de la
même vue, accepter "froissement de feu", ou fallait-il préférer "feu
d'artifice concentré" ?
On constitua une commission internationale sous l'égide de l'UNESCO,
mais celle-ci commença par débattre de son propre nom…"
Michel Neumayer
"Parole de celui qui fait"
J'aimerais vous redire ce que le palladium platine m'a confié, mis je ne
sais pas si nous aurons assez de temps. Assez de temps pour évoquer la
nature, la consistance du métal. Assez de temps pour évoquer les
circonstances : la température ambiante et son influence sur la densité
plus ou moins grande de la matière, l'hygrométrie, et puis les
précautions à prendre pour conserver, pour préparer la chose.
J'aimerais vous parler de la manière de l'étaler sur la feuille
cartonnée, le rôle de la raclette, la nature des différentes raclettes
possibles et la façon dont la matière couvre le carton et s'imprègne, la
façon dont elle adhère au support. Mais cela pourrait vous lasser.
J'aimerais vous parler de l'exposition à la lumière, du corps du
photographe qui manipule, qui attend, qui chronomètre. Mais, au bout du
compte, de quoi aurai-je parlé ? L'addition des éléments séparés des
autres, leur bout à bout ne dit pas le tout. Tout au plus, nous
permettent-ils de voir autrement certains détails et de donner plus de
poids encore au grain de la brume, au liseré qui sépare telle zone de
telle autre, à ce yucca qui paraît être une bavure et qui, en réalité,
figure les minuscules moignons de la branche que le bûcheron a laissés
lors de l'élagage.
Michel Neumayer
Ce que nous apporte la venue d'un
intervenant ? (17 mai 2009)
Ce que m'apporte la venue d'un intervenant ?
Le choc salutaire d'une œuvre construite dans la durée. Salutaire, car
j'ai l'impression avec Filigranes, mais aussi avec les ateliers
d’écriture, que nous sommes toujours dans l'inachevé, dans le ponctuel.
La venue de Pascal est une invitation à réfléchir à la différence entre
des textes d'ateliers, des textes de séminaires et une écriture longue,
plus complexe, plus centrée sur elle-même ; je vois bien, avec la
fabrication du livre du LIEN (Lien International d'Education Nouvelle
www.gfenprovence.fr) la complexité d'un projet d'écriture : les moments
de doute, les moments d'euphorie, les longues phases de fabrication
artisanale, les repentirs, les trouées, l'irruption du nouveau, les
ruptures, le patient travail de finition.
Connaissant bien les ateliers d’écriture, défendant mordicus ces
situations de découverte, je veux contradictoirement aussi m'interroger
sur leur risque, le risque d'un processus d'écriture qui, à peine
entamé, se pense souvent achevée. Ou ne sait pas comment se poursuivre.
C'est la face cachée du "tous capables" : se découvrir capable, bien
sûr, c'est essentiel, mais cela ne doit pas occulter la nécessité de
penser la suite
Je m'interroge sur la manière d'aborder avec FILI la question de la
continuité, de la longue durée. J'aimerais lire les historiens à ce
sujet et d'autres aussi (psychanalystes, anthropologues) pour
complexifier cette pensée, pour mieux conceptualiser. Car ce qui guette,
c'est la fuite en avant de numéro en numéro.
Découverte, redécouverte d'une dimension historique que j'aimerais
questionner en ce qui concerne l'écriture contemporaine, en ce qui
concerne FILI. Où sommes-nous dans cette histoire ? Avons-nous réfléchi
à nos filiations ? Sont-elles encore productives ? Que comprennent de
ces filiations ceux qui n'ont pas vécu notre histoire ? Quand Pascal dit
: "plus je travaille, plus je me heurte à des difficultés diverses, plus
je me retourne vers les impressionnistes", cela doit nous faire
réfléchir. Et nous, vers quoi nous retournons-nous à titre individuel, à
titre collectif ? Avons-nous même ce réflexe, comme en bateau, de
"refaire le point ? Quelles sont nos boussoles, nos sextants ?
Que sera l'archive de nos réflexions collectives de ce jour.
Michel Neumayer
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Proposition de bonheur
Fil à fil, tresser, tisser le rêve entre trame et chaîne
Cheveu à cheveu, au peigne fin
Lisser, aérer, effiler
De la natte serrée, torsadée, dénouer les liens.
Dans un éclat de lumière
La touffe s'ébroue, chuchotements de soie
Chevelure en fête aux essences de tiaré
Frissons du vent
Parfums de folie
Des chants d'oiseau
Aux envols ébouriffés
Dans les dentelles du soir
Esquisses d'estampes
En filigrane...
Claude Ollive
Paroles de celui qui fait
Je suis long à la détente et pourtant c'est dans l'instantané que cela
se joue.
Une technique du 19ème siècle pour passer les siècles car le platine et
le palladium sont inaltérables, plus durables que leur support.
Je pose ma boite à soufflet et me prête à ce que me dit, me souffle
l'arbre...
Ces barreaux, ceux entre lesquels je passais ma tête au zoo de
Vincennes, sont le chevauchement d'un cliché à l'autre. Le maximum que
je puisse faire est six. Il n'y a pas d'enfermement, regardez il y a une
issue, un passage...
Le noir et blanc, la vibration des gris donnent cette couleur qui n'est
pas là mais derrière le sens que chacun y trouve.
L'abstraction je m'en approche : écoutons voir !
« Ça file dans le sens du courant, jouant entre ombre et lumière, ne
pouvant remonter le temps »
« Séquences génétiques »
« Rigidité, contrainte des barreaux »
« Qu'est-ce qui se cache derrière »
« La voix des roseaux »
« Le recommencement malgré les murs »
« Les quatre horizons du crépuscule »
Les vibrations d'eau des nymphéas... retour impressionnant du 19ème
siècle!
Claude Ollive
S'abandonner à la contemplation et plus rien n'existe.
Franchir des frontières inconnues, aborder un monde nouveau,
transcendant.
La grâce d'une écoute nouvelle et le désir de partager, de découvrir, de
comprendre ce qui anime cet artiste qui me transporte sur des chemins
d'émotion, de fragilité. Coup de foudre et de tonnerre qui d'écho en
écho me relie à des découvertes antérieures, fouillant mes archives
émotionnelles, explorant la grande bibliothèque enfouie trois fois dans
les sables de Chinguetti. Invitation à ouvrir le livre de la Sagesse et
dans un élan irrépressible, prendre mon cahier d'écriture, parchemin
nouveau pour des calligraphies antiques...
Alors le flux des mots bouillants, la frénésie jaillissante, une fièvre
qui emporte ma main tremblante, mon cœur battant délivre ses sensations,
vibrations aux larges variations ou, au contraire, les mots se culbutant
entraînent comme un château de cartes un nouveau chantier à construire,
des détours d'étonnement, un regard nouveau.
Le poème se construit, la musique, le rythme engage une mélopée pour
dire à ce créateur combien notre rencontre est heureuse, bouleversante,
troublante même.
Envie de partager cet instant et d'offrir en retour, en cadeau, le
sentiment de s'être approché dans la joie de la Beauté.
Claude Ollive
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"Dans ces feuilles larges et drues, je bâtirai mon église"
Au centre de l'obscurité des lames de lumière. Elles glissent entre
chaque tressage de feuilles et tombent sur le sol ocre de terre battue,
de simples bancs de bois sont alignés. Deux grandes arches de palmes
entrecroisées forment l'entrée. Ici pas de clocher mais au centre,
découpé sur le ciel, un petit monticule de palmes où se dressent en
croix deux cannes peintes. L'endroit est paré de silence, de fraîcheur,
on vient s'y baigner un moment avant de retrouver le tapage du grand
soleil, le lent écoulement de la foule sur la petite place.
Marie-Christiane
Raygot
16 mai 2009
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Lettre de PB pour Filigranes, le samedi 16 Mai 2009.
Amis,
Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que j’ai la tête dans les
arbres. C’est mon thème. Puis, j’intercale des variations.
Le végétal, c’est mon élément. J’essaie de lui donner un mouvement dans
sa fixité.
Le végétal, ça bouge plus que ce que l’on croît.
Il faut que l’image bouge, qu’elle vive, même si je la mets dans la
boite, même si je l’étale.
Je suis long à la détente. Je ne voie pas tout de suite. Il me faut
toujours un temps d’imprégnation. Puis, je me campe là, avec mon
appareil. Je règle, je vise. Il est l’interface entre le végétal et moi.
Je travaille à l’ancienne comme au 19éme siècle. J’ai rien contre le
progrès car je me sers de Photoshop et de tout le bastringue
informatique. Mais, face au végétal, je suis comme au 19éme siècle. De
plus, j’utilise le Platine et le Palladium pour le Noir qui fait vivre
les gris. L’argentique est trop banal. Mes constructions végétales, je
les étale sur le papier, je les tire, je les chauffe aux UV, pas au
soleil. Le soleil me joue des tours avec les saisons. Avec cette
technique, le problème c’est que je ne fais que 5 ou 6 exemplaires. Tant
pis, au 19éme, ils ne connaissaient pas Andy et la Pub.
Maintenant, j’aspire à rendre la nature abstraite. Ces nouveaux paysages
me permettront d’ouvrir les yeux sur d’autres horizons. Pour cela, je
compte beaucoup sur la valeur des noirs couleurs, leurs intensités, et
sur la construction. Entendez par là que la construction sera mon nouvel
angle d’attaque dans mes photos. Maintenant, je ne ferai presque plus de
pérégrinations aléatoires, j’opterai pour la construction.
J’espère ne pas vous inquiéter dans mes nouvelles investigations.
À très bientôt, PB.
Richard Richard
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