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  Les chantiers de Filigranes
Abouti ? Non abouti ?
 
 

 

(c) Photo : Anne-Marie Suire

 

 

"A priori, deux chantiers pour une même problématique : abouti/non abouti concernerait le jugement du producteur du texte, lisible/non lisible davantage celui du lecteur. Deux places que j'occupe alternativement, bien sûr.

Je ne propose pas le texte ci-dessus à la publication parce qu'il ne me paraît pas abouti. Après l'avoir laissé décanter (le 13 septembre, j'en étais satisfaite !), voilà qu'il m'apparaît hiératique, sans chair ni passerelles pour le lecteur. Ce dernier n'a pas eu le temps d'y entrer qu'il se retrouve dehors, comme éjecté. Texte hermétique qui ne permet pas de lui offrir une traversée.

En fait, c'est tout simplement comme ce texte : on voudrait partir pour une aventure, comme celle de l'écriture par exemple. Tout nous sollicite, il n'y a qu'à tendre la main, même on se sent prêt ! Le train est parti, le voyage intérieur s'est fait... mais le silence n'a pas été rompu.

Il faudrait pouvoir résoudre cette difficulté. C'est souvent un (mon) obstacle : le "texte" ne demeure qu'une intuition et ne trouve pas matière. J'imagine des miroirs qui permettraient qu'il échappe à mes questions personnelles, trouve un circuit interne pour réfléchir par lui-même. Miroirs desquels je me serais déprise, autant de portes d'entrée pour un lecteur. Peut-être.

Il ne s'agit que d'un a priori. Demain j'écrirais autre chose."

Monique D'AMORE, le 26/10/09

 
   

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"Dans « abouti », je lis « à bout » !
A bout, au bout, fini, terminé.
Quand peut-on dire qu’un texte est abouti ? Très mystérieux.
Et puis abouti pour qui : l’auteur, le lecteur ?
Néanmoins, je vais essayer de me plonger dans cette sombre énigme !

Une ballade, un rêve poétique, ou du rire ou pleurer mais en beauté, dans une sorte de grâce. J’ai cheminé à son côté – du texte – des fois très loin, parfois tout près.
Ah, aussi, quand même, j’ai réfléchi, des fois juste une idée à développer, parfois des jours (et des nuits) entiers à cogiter. En tout cas je suis rassasiée. Dans l’abouti.
L’auteur m’a amené à un bout. Je peux même continuer la route, seule.

Au contraire,  si après être arrivé au point final d’un bouquin ou d’un texte, je reste sur ma faim, avec une sorte d’insatisfaction ou même si carrément j’ai abandonné la lecture avant la fin, voilà du non abouti.
Ceci était le point de vue de la lectrice.

En tant qu’auteur, que puis-je ajouter ? Pour moi le texte est terminé quand je n’ai plus rien à dire, quand j’estime que la boucle, même imparfaite est bouclée.

Le phénomène est totalement subjectif !"

Jeannine Anziani

 
 
 

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"Aboutir
C’est toucher par un bout – arriver au bout
Le bout du chemin, le bout du tunnel, le bout du conflit,
On peut toujours ajouter un bout au bout, comme les briques d’une maison.

A savoir que les grandes choses sont composées de petites.
Le tout est en interaction, du plus petit au plus grand.
De l’atome à l’infini, des deux, lequel est le plus abouti ?

Ou rester en deçà………du bout des lèvres, du bout des doigts
Pas abouti

On se pose souvent la question du fini :

Quand peut-on affirmer que l’œuvre est-elle aboutie ?
On ne le sait jamais, on en a juste l’idée, comme une illusion
Les frontières sont floues, nous naviguons dans une relativité toute absolue, aléatoire entre abouti et non abouti.

Aboutir …. Au jardin,  à la paix, à la guerre, au mariage… ????

Et si aboutir une œuvre consistait à être dans le mouvement même de sa propre intentionnalité
S’il s’agissait du passage même de « l’abouti »  à « l’abouti » suivant
Sans autre « bout » que sa propre affirmation – sans référence extérieure
Si ce n’est cette jubilation, ce tremblement de savoir que « c’est fini »
Si ce n’est ce moment d’avancée dans une recherche

-     Le physicien Leonard Susskind a toujours peur  d’apercevoir un éléphant dans le salon quand il annonce un nouveau paradigme de physique- L’abouti reste transitoire et laisse place au doute

Aboutir serait  synonyme de « Éditer », «  Exposer » « publier »
Passage de l’étude, du carnet de notes, des tâtonnements écrits, dessinés, des échanges végétaux ------------------à ce travail « abouti » à un instant T
Qui se veut « jusqu’au-boutiste » du moment présent – pointe avancée dans la créativité – c’est à dire la sortie de soi, de l’écoute de la parole de l’autre

-     L’écrivain Albert Camus termine son roman « l’étranger » par une page de Neige, une page blanche pour le lecteur, une page d’introspection avant la boue du lendemain. Peut-on dire qu’Albert Camus use de cette métaphore pour nous laisser le droit d’aboutir son roman ? Pourrait-on avancer que l’œuvre est aboutie quand elle est sacralisée ?

Aboutir
Œuvre écrite ou peinte ou chantée ou bouquet – qui garde la mémoire du Beau, transmet un peu de l’émotion fondatrice
L’urgence d’une date butoir qui oblige à trancher, se dépasser, franchir sa limite
Accouchement parfois prématuré – exigence de vie

Aboutir
Moment du Risque
Celui du regard de l’autre, de l’abandon

Voyage jusqu’à l’autre
On peut envisager l’abouti comme le moment du repos, de la transmission,du passage, du don.

Voyage-processus qui peut parfois se donner à voir à travers l’œuvre elle-même
Peinture qui laisserait apparaître les divers moments et matériaux de sa constitution

-     Le peintre Monticelli était érudit dans la chimie des huiles. Il connaissait leurs valeurs, mais surtout il avait expérimenté leurs vieillissements. Il combinait sur ses toiles des couches successives de peintures en sachant que le temps modifierait les rapports colorés de ses couleurs. Monticelli jouait avec l’aboutissement de son travail, en lui donnant plusieurs vies.

 -    Paul Cézanne est le premier peintre moderne à théoriser l’emploi du blanc dans la composition d’une toile. Plage de liberté pour l’œil du spectateur - devenu sujet à organiser un «abouti » qui lui est propre ?? 

-     Le peintre Pierre Bonnard ne pouvait pas aller revoir ses toiles déjà exposées sans son matériel pour d’éventuelles retouches. Il avait toujours peur du non abouti. 
Notre espace-temps bouge et avec lui la musique, la peinture, le paysage.

 La musique connaît de multiples interprétations : chaque interprétation est nouvelle création, nouvel « aboutissement »

 L’écrit passe de mains en mains, se continue dans l’oralité, et plus encore.
La peinture se transforme chimiquement, ainsi que sous l’œil du spectateur co-auteur.

 

    Le non abouti lisible en filigrane dans l’abouti – y compris dans l’expérience quotidienne.

Ma langue a fourchée, j’ai fait un lapsus… sont des déchirures dans l’oralité, ou des messages non aboutis. Ils sont là pour nous rappeler que le langage est un monde à re-interpréter sans cesse.

Etre au bout… ...être à bout
            alors débouter : déclarer par arrêt une personne déchue d’une demande.
                                       rejeter   refouler dans le non dit

A-----boutis * (voir historique ci dessous)
            Comme une aiguille à bout rond qui tisse et brode un imaginaire en relief de coton sur l’inabouti quotidien.

Boutis  

Comme un acte de rébellion qui sauvegarde le plaisir
Activité de contrebande par où circule l’imaginaire
Création d’un langage clandestin à la marge de la langue officielle

 

De la fibule à l’aiguille
C’est de création et de partage qu’il s’agit
Dans le mouvement même de l’accomplissement
Toujours reporté

Quel que soit le travail créatif, le domaine dans lequel il s’exerce, on mesure sa vulnérabilité à travers cette question de l’aboutissement. On ne  peut l’envisager que dans sa dimension de partage, dans le laisser vivre, dans un voyage où on doit considérer l’autre comme partie prenante dans la relation de création.

L’oeuvre « aboutie » peut alors se concevoir comme un passage d’énergie.

             D’un côté un intense appétit à transmettre, de l’autre une intense capacité à  recevoir et trans-poser

Boutis : comme le terrain où le sanglier a fouillé avec son boutoir (groin) pour chercher des racines.
Lieu d’une expérience vitale qui va au delà de la surface des apparences vers la profondeur de l’être, la nourriture première

Abouti/ pas abouti ?  On peut écouter Jean Giono :

« Quiconque a senti un jour de printemps sur les plateaux sauvages l’odeur amoureuse des fleurs de châtaignes comprendra combien ça compte de fleurir souvent ».

La création, même si elle n’aboutit pas,  porte  sens,  langage,  vie,  rêves, espoirs"

Geneviève Bertrand et Richard Richard

*« Boutis » en provençal désigne l'aiguille à bout rond grâce à laquelle on introduit le coton dans les motifs, par extension cela désigne l'ouvrage réalisé par la brodeuse avec cet outil.

L'ancêtre du boutis est arrivé en France au XVII siècle grâce aux ports, dont celui de Marseille.
Le succès de ces étoffes est tellement grand que les soyeux de Lyon (et autres drapiers) font pression sur Louis XIV pour qu'il les interdise. Cela devient alors un signe de
rébellion pour les femmes de continuer à porter plus ou moins cachés des vêtements confectionnés avec ces tissus, et un réseau de contrebande s'installe qui fait que cette activité ne meurt pas tout à fait. C'est grâce à cette interdiction, si l'on peut dire, qu'est né le boutis.
En effet, les femmes ont mis à contribution leur
imagination et à partir de ces tissus blancs ont su créer une nouvelle façon de broder.

Au XVII° et XVIII° siècles des ouvrières provençales créèrent un véritable art avec tout un langage symbolique. Elle pouvait ainsi parler de sa vie, de ses espoirs, de ses rêves grâce aux symboles dont elle disposait.

http://faireduboutis.free.fr/historique.htm

 

 
 
   

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Écrire
Au début, il n'y a rien. C'est aller vers rien. On ne voit pas vers quoi on veut aller. Ça part d'une poussée – non, ce n'est pas ça. C'est un silence désespéré, une espérance insaisissable, et les heures passent. On patauge dans l'attente, quelque chose de vague, mais qui pèse, qui englue, sans forme, sans nom.
Au début, ça part de rien. Une mélancolie à rejoindre, d'abord légère puis radicale, qui ne tente rien pour trouver un soulagement. On laisse alors couler les heures allant d'insignifiances aux routines quotidiennes. On oublie même l'alerte première. Peu à peu, on s'en défait. On respire, on marche, on est là, on regarde, le ciel déborde, on pense à ceux à qui tout cela a été retiré. Et soudain, soudain sans comprendre pourquoi à ce moment-là l'élan du début revient, l'intériorité explose. Ils prennent forme. Des mots se sont greffés au vide. Enfin on va écrire. On oscille, étire, on développe, la page s'élargit. C'est comme ça : l'irrémédiable de l'écriture à la fois résiste comme une pierre et comme une masse de possibles.


Marie-Christiane Raygot
(2009-2010)
 

 
 

 

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Il y a peu de temps je lisais le dernier roman de Philippe Djian Incidences. J’admire l’écriture de cet auteur même si ses sujets sont parfois étranges, je dévore ses livres en deux soirées maximum.
Donc dans le dernier, il est question d’écriture car le héros est professeur d’université et enseigne cette matière. Il dit à ses élèves « d’écrire avec l’oreille » et ça je dois dire que c’est tout à fait ce que je pense.


Soyez musicien, architecte, peintre en même temps qu’écrivain. En cela la poésie est la meilleure façon d’apprendre à écrire avec l’oreille, à construire, à ordonner à partir du son.. Soyez poète avant d’être romancier.


Notre musique est notre style et si nous ne faisons pas de fausses notes, le texte est abouti et recevable. On perçoit la musique de l’autre par rapport à sa propre musique, ainsi la lecture à haute voix peut donner un sentiment différent par rapport à la qualité du texte.
Pour ma part, je sais qu’un texte me plait quand il s’accorde à ma musique intérieure, quelque soit le sens de ce texte. La mise en voix des textes est une façon de faire découvrir des auteurs , il n’y a pas d’écriture sans la musique des mots.


Annie Christau/ mars 2010

 
   

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Dernière modification : 28 juillet 2010