"Aboutir
C’est toucher par un bout – arriver au bout
Le bout du chemin, le bout du tunnel, le bout du conflit,
On peut toujours ajouter un bout au bout, comme les briques d’une
maison.
A
savoir que les grandes choses sont composées de petites.
Le tout est en interaction, du plus petit au plus grand.
De l’atome à l’infini, des deux, lequel est le plus abouti ?
Ou
rester en deçà………du bout des lèvres, du bout des doigts
Pas abouti
On se
pose souvent la question du fini :
Quand peut-on affirmer que l’œuvre est-elle aboutie ?
On ne le sait jamais, on en a juste l’idée, comme une illusion
Les frontières sont floues, nous naviguons dans une relativité toute
absolue, aléatoire entre abouti et non abouti.
Aboutir …. Au jardin, à la paix, à la guerre, au mariage… ????
Et si
aboutir une œuvre consistait à être dans le mouvement même de sa
propre intentionnalité
S’il s’agissait du passage même de « l’abouti » à « l’abouti » suivant
Sans autre « bout » que sa propre affirmation – sans référence
extérieure
Si ce n’est cette jubilation, ce tremblement de savoir que « c’est
fini »
Si ce n’est ce moment d’avancée dans une recherche
- Le physicien Leonard
Susskind a toujours peur d’apercevoir un éléphant dans le salon quand
il annonce un nouveau paradigme de physique- L’abouti reste transitoire
et laisse place au doute
Aboutir serait synonyme de « Éditer », « Exposer » « publier »
Passage de l’étude, du carnet de notes, des tâtonnements écrits,
dessinés, des échanges végétaux ------------------à ce travail
« abouti » à un instant T
Qui se veut « jusqu’au-boutiste » du moment présent – pointe avancée
dans la créativité – c’est à dire la sortie de soi, de l’écoute de la
parole de l’autre
- L’écrivain Albert
Camus termine son roman « l’étranger » par une page de Neige, une page
blanche pour le lecteur, une page d’introspection avant la boue du
lendemain. Peut-on dire qu’Albert Camus use de cette métaphore pour nous
laisser le droit d’aboutir son roman ? Pourrait-on avancer que l’œuvre
est aboutie quand elle est sacralisée ?
Aboutir
Œuvre écrite ou peinte ou chantée ou bouquet – qui garde la mémoire du
Beau, transmet un peu de l’émotion fondatrice
L’urgence d’une date butoir qui oblige à trancher, se dépasser, franchir
sa limite
Accouchement parfois prématuré – exigence de vie
Aboutir
Moment du Risque
Celui du regard de l’autre, de l’abandon
Voyage jusqu’à l’autre
On peut envisager l’abouti comme le moment du repos, de la
transmission,du passage, du don.
Voyage-processus qui peut parfois se donner à voir à travers l’œuvre
elle-même
Peinture qui laisserait apparaître les divers moments et matériaux de sa
constitution
- Le peintre Monticelli
était érudit dans la chimie des huiles. Il connaissait leurs valeurs,
mais surtout il avait expérimenté leurs vieillissements. Il combinait
sur ses toiles des couches successives de peintures en sachant que le
temps modifierait les rapports colorés de ses couleurs. Monticelli
jouait avec l’aboutissement de son travail, en lui donnant plusieurs
vies.
- Paul Cézanne est le
premier peintre moderne à théoriser l’emploi du blanc dans la
composition d’une toile. Plage de liberté pour l’œil du spectateur -
devenu sujet à organiser un «abouti » qui lui est propre ??
- Le peintre Pierre
Bonnard ne pouvait pas aller revoir ses toiles déjà exposées sans son
matériel pour d’éventuelles retouches. Il avait toujours peur du non
abouti.
Notre espace-temps bouge et avec lui la musique, la peinture, le
paysage.
La musique connaît de
multiples interprétations : chaque interprétation est nouvelle création,
nouvel « aboutissement »
L’écrit passe de mains en
mains, se continue dans l’oralité, et plus encore.
La peinture se transforme chimiquement, ainsi que sous l’œil du
spectateur co-auteur.
Le non abouti lisible en filigrane dans l’abouti – y compris dans
l’expérience quotidienne.
Ma
langue a fourchée, j’ai fait un lapsus… sont des déchirures dans
l’oralité, ou des messages non aboutis. Ils sont là pour nous
rappeler que le langage est un monde à re-interpréter sans cesse.
Etre
au bout… ...être à bout
alors débouter : déclarer par arrêt une personne déchue
d’une demande.
rejeter refouler dans le non
dit
A-----boutis * (voir historique ci dessous)
Comme une aiguille à bout rond qui tisse et brode un
imaginaire en relief de coton sur l’inabouti quotidien.
Boutis
Comme un acte de rébellion qui sauvegarde le plaisir
Activité de contrebande par où circule l’imaginaire
Création d’un langage clandestin à la marge de la langue officielle
De la
fibule à l’aiguille
C’est de création et de partage qu’il s’agit
Dans le mouvement même de l’accomplissement
Toujours reporté
Quel que soit le
travail créatif, le domaine dans lequel il s’exerce, on mesure sa
vulnérabilité à travers cette question de l’aboutissement. On ne
peut l’envisager que dans sa dimension de partage, dans le laisser
vivre, dans un voyage où on doit considérer l’autre comme partie
prenante dans la relation de création.
L’oeuvre « aboutie » peut
alors se concevoir comme un passage d’énergie.
D’un côté un
intense appétit à transmettre, de l’autre une intense capacité
à recevoir et trans-poser
Boutis : comme le
terrain où le sanglier a fouillé avec son boutoir (groin) pour chercher
des racines.
Lieu d’une expérience vitale qui va au delà de la surface des apparences
vers la profondeur de l’être, la nourriture première
Abouti/ pas abouti ?
On peut écouter Jean Giono :
« Quiconque a senti un jour
de printemps sur les plateaux sauvages l’odeur amoureuse des fleurs de
châtaignes comprendra combien ça compte de fleurir souvent ».
La création, même si elle
n’aboutit pas, porte sens, langage, vie, rêves, espoirs"
Geneviève Bertrand et
Richard Richard
*« Boutis » en provençal désigne
l'aiguille à bout rond grâce à laquelle on introduit le coton
dans les motifs, par extension cela désigne
l'ouvrage
réalisé par la brodeuse avec cet outil.
L'ancêtre du boutis est arrivé en France au XVII siècle grâce aux ports,
dont celui de Marseille.
Le succès de ces étoffes est tellement grand que les soyeux de Lyon (et
autres drapiers) font pression sur Louis XIV pour qu'il les interdise.
Cela devient alors un signe de
rébellion
pour les femmes de continuer à porter plus ou moins cachés des vêtements
confectionnés avec ces tissus, et un
réseau
de contrebande
s'installe qui fait que cette activité ne meurt pas tout à fait. C'est
grâce à cette interdiction, si l'on peut dire, qu'est né le boutis.
En effet, les femmes ont mis à contribution leur
imagination et à partir de ces tissus blancs ont su créer une
nouvelle façon de broder.
Au XVII°
et XVIII° siècles des ouvrières provençales créèrent un véritable art
avec tout un
langage symbolique.
Elle pouvait ainsi parler de sa vie, de ses espoirs, de ses rêves grâce
aux symboles dont elle disposait.
http://faireduboutis.free.fr/historique.htm